Suis-je libre, si Dieu sait tout ?

6 février 2017

Comment tenir ensemble ce que l’on appelle le dogme de « l’omniscience de Dieu » et celui de la liberté de l’homme ?

On reconnaît à Dieu un certain nombre d’attributs quant à son être divin, sa bonté, son éternité, son « omniprésence ».

Si l’on regarde l’activité divine, nous reconnaissons, du côté de l’intelligence divine, la perfection de la science de Dieu : Dieu se connaît Lui-même parfaitement et il connaît toutes ses créatures-« omniscience ». Du côté de la volonté divine, nous pouvons dire que Dieu est l’Amour infini en lui-même et qu’il aime infiniment toutes ses créatures. La volonté aimante de Dieu est libre, toute puissante « omnipotente », à la fois juste et miséricordieuse.

Alors, si tel est Dieu, son omniscience signifie-t-elle qu’il y ait un fatalisme, que « tout est écrit par avance » ? Et sa volonté infinie signifie-t-elle que je suis prédestiné, « télécommandé » par Lui ?

Il convient de préciser que Dieu connaît tout non par avance, mais de toute éternité. Ce qui est différent. Un exemple, pour essayer de l’expliquer. Imaginons deux personnes qui se promènent sur un chemin sinueux au flanc d’une montagne. Elles ne se voient pas. Un observateur sur l’autre flanc de la vallée embrasse du regard tout le chemin qui lui fait face. Il voit donc ces deux promeneurs et sait qu’ils vont se croiser dans quelques minutes. On ne peut pas dire pour autant que l’observateur soit intervenu dans leur liberté par le fait qu’il savait qu’ils allaient se croiser...

Son lieu d’observation étant ailleurs, il disposait ainsi d’une autre vision des choses. De même Dieu dans son éternel présent, embrasse du regard toute la Création, qui est dans le temps. Cette prescience ne s’oppose pas à la liberté humaine quant aux évènements futurs ; pas plus, disait Saint Augustin, que la mémoire n’impose une nécessité aux événements passées.

Autrement dit, la connaissance de Dieu n’impose pas nos choix comme une nécessité, mais elle « voit  » d’en haut ces choix libres et leurs conséquences. Il faut ajouter que cette science de Dieu est Sagesse aimante et Providence... La liberté humaine est donc totalement préservée et la responsabilité personnelle entièrement engagée par nos actes. Aucun fatalisme dans cette manière de concevoir le rapport entre omniscience et liberté. Mozi, un philosophe chinois du Ve siècle avant Jésus-Christ, déclarait :

« le fatalisme, c’est la doctrine des supérieurs tyranniques et des inférieurs désespérés. Tout homme aimant la justice et l’humanité doit s’opposer à elle de tout son pouvoir.  »

Cette omniscience de Dieu suscite l’émerveillement libre du psalmiste :

« Seigneur, tu me sondes et me connais, que je me lève ou m’assois, tu le sais. Tu perces de loin mes pensées ... La parole n’est pas encore venu sur ma langue, et voici, Seigneur Tu la sais tout entière... Merveille de science qui me dépasse... Je te rends grâce pour tant de prodiges  ; merveilles que je suis, merveilles que tes œuvres » (Ps 139).


Par le Père Nicolas Buffet, Fondateur de la fraternité Eucharistein